[Back to blog #1] Warbands : Lands of Belgae – Do and Die

Après dix années de présence remarquée sur la scène du GN belge, la fin de l’aventure Warbands ne pouvait que s’achever sur une note aussi sanglante qu’épique. Retour d’expérience sur mon voyage en terres celtes.

Warbands qu’est ce que c’est ?

Warbands est un Grandeur Nature inspiré de la vision du Vème siècle dépeinte dans la trilogie de Bernard Cornwell (Le Roi de l’hiver, L’Ennemi de Dieu, Excalibur).
Ce GN a vu le jour en Angleterre, initié par Mark G. (créateur de la Riddle of Steel). 
Il s’agit de plonger des joueurs dans une époque historique. Les concours de barbes, de costumes reconstitués et de roleplay exemplaire permettent une saine émulation entre les participants. L’absence de magie, n’excluant pas les superstitions et les malédictions, renforce l’immersion. 
L’événement se prête à de nombreuses scènes épiques par la prédominance du combat à outrance, simple, percutant et servi par un système de règles léger. 1

« Nous sommes en 410, près de 70 ans avant la mort de Vortigern (précédent Warbands). Rome est tombée sous les coups des Wisigoths, l’emprise de l’empire sur la Bretagne s’estompe. Les vagues de conquérants, Scots à l’Ouest et Pictes au Nord, se succèdent sur l’île. L’Église de Rome dépêche des émissaires pour aider le pouvoir religieux face aux envahisseurs païens et maintenir son influence sur Britania. Il lui faut également investiguer sur le pélagianisme, doctrine d’un moine breton peu orthodoxe qui prêche une vie ascétique. Le dernier légat romain, accompagné de ses trois dernières légions présentes sur l’île (soit environs 18.000 hommes), a quitté la Bretagne pour faire face aux troubles militaires du continent. Laissés à eux-mêmes, les Bretons n’ont pas le
choix. Ils doivent se réapproprier leurs anciennes traditions et nommer un rìx kymri, un Haut Roi des rois bretons, un chef capable de rallier les warbands de toutes les provinces sous une seule bannière. Les tribus se déchirent autour de trois candidats… Dans ce contexte guerrier, politique et dogmatique tumultueux, comment la Bretagne va-t-elle se reconstruire ?” 

Pourquoi j’y suis allé ?

Initialement, Warbands et moi n’étions pas prédestinés à nous rencontrer. Le contexte historique choisi par l’organisation ne trouve simplement pas échos chez moi. Malgré cela, de très bons retours m’avaient été partagés par la communauté et la présentation de l’équipe d’organisation sur la recherche de sites d’exception lors du BEta Larp 2013 avait piqué ma curiosité. Quand j’ai été contacté il y a deux ans et demi pour participer en tant que bénévole logistique, toutes les conditions étaient remplies pour que je me jette dans l’aventure. Et je n’ai pas été déçu ! C’est donc avec beaucoup de plaisir que j’ai rempilé cette année encore dans l’équipe logistique.

Avant le jeu

On ne le dit jamais assez : avant le jeu, c’est déjà le jeu. Warbands ne déroge pas à la règle avec son choix de faire évoluer les joueurs et leurs personnages dans un contexte historique. Pour que le jeu soit le plus juste possible, il est nécessaire que les joueurs maîtrisent le contexte dans lequel ils joueront. A cet effet, de nombreux documents récapitulatifs et autres références  (Vidéos documentaires, livres, sites internet, dress code, … ) ont été adressés aux participants via les réseaux sociaux dans les semaines qui ont précédé l’événement. Pour cet épisode, l’enjeu de la communication préalable est d’autant plus grand que le site de jeu se situe en France et que des voyages sont organisés pour en faciliter l’accès aux joueurs.

Pour moi aussi l’aventure commence avant le jeu. Les deux jours précédant le jeu sont consacrés à la préparation du matériel de jeu et au chargement du camion. L’occasion de faire plus amples connaissance avec Thomas, Jérôme et Fredo qui seront également bénévoles logistique sur cet événement. Si j’avais déjà partagé cette expérience avec Thomas l’an passé ce ne fut pas encore le cas de pour Fredo et Jérôme. Le temps passe, les premières blagues fusent et la bonne ambiance s’installe rapidement. Cette aventure commence bien !

Mercredi matin, réveil en catastrophe et à la bourre suite à une traîtrise du fourbe appareil. Je fais mon sac en quatrième vitesse et je quitte ma principauté liégeoise pour rejoindre la fine équipe à Namur. Le temps de charger le matériel restant, de faire  (péniblement grâce aux compétences de Sylvain en programmation de minuteur) une photo de groupe et nous voilà dans les véhicules pour une destination que nous ne connaissons toujours pas.

Le voyage aurait pu être monotone et ennuyeux mais c’est mal connaître la team Warbands et oublier de compter sur les embûches de dernière minute qui attendent toutes les organisations de GN. Rapidement, Sakis qui a passé sa nuit à boucler les derniers backgrounds renonce à ses ambitions de sieste : des joueurs ont annulé leur participation  et un rôle ne convient pas à son participant qui est dans l’impossibilité de l’interpréter. La banquette arrière se transforme en cellule de crise. Des backgrounds se réécrivent et des appels sont passés. Plusieurs heures de route nous attendent encore et elles ne s’annoncent visiblement pas paisibles.

Une fois la crise passée, la fière équipe se repose ou prend connaissance du réseau de personnages grâce aux backgrounds audio qui ont été remis aux joueurs et PNJ. Je note mentalement cette astuce qui mérite à mes yeux d’être plus exploitée et sombre dans les bras de Morphée, bercé par la douce voix de Sakis, probablement en tenue de Picte de l’autre côté du micro.

La découverte du site de jeu

9h de trajet plus tard nous arrivons sur un parking annonçant « Coriobona – Village gaulois ». Nous rencontrons les propriétaires du terrain qui entament avec nous l’a visite des lieux. Quelques mètres à peine après notre entrée dans un chemin boisé, apparaît devant nous une palissade en bois puis une grande porte double battant. Une fois celles-ci passées le rêve commence et nous découvrons un superbe village gaulois reconstitué par une association française de passionnés d’histoire et de reconstitution. Nous passons alors de lieu en lieu : maison du chef, potier, four, place principale, oppidum, forge est j’en passe. Mes yeux, ainsi que ceux de l’équipe qui découvrent le site, pétillent de plus en plus tout au long de notre découverte. Après le superbe village, nous découvrons ses environs boisés et l’imagination des organisateurs fuse : ici ce sera parfait pour une embuscade, d’ici sortiront des Pictes,… rapidement nous perdons Quentin et Kosta qui partent repérer les lieux pour placer plus tard les PNJ dont ils sont responsables. Pendant ce temps, Renaud et Arnaud indiquent déjà aux bénévoles les différents emplacements pour la logistique et nous échangeons sur les challenges qui nous attendent demain.

La soirée s’achève par un repas autour du feu. Tout le monde est aussi fatigué qu’heureux et nous profitons d’avoir encore accès au village pour y passer notre première nuit. Certains choisissent les maisons et leurs lits alors que d’autres testent les plaisirs campagnards dormant dans le foin du grenier.

Journée de montage

Réveil matin 7h, la journée de montage commence. Nous avons moins de 12h pour aménager le site avant l’arrivée des joueurs. Première étape : sortir le matériel des véhicules et le dispatcher dans un site pas entièrement accessible avec le tracteur et la remorque. Seconde étape : dresser le campement orga et PNJ pour les uns et aménager le village pour les autres. Très rapidement, une dynamique s’installe au sein de l’équipe logistique, les orgas nous font confiance sur de nombreux points d’implantation et chacun a à cœur de faire vite et bien. Grâce à cet enthousiasme les délais sont tenus et nous nous tenons prêts à accueillir les joueurs.

Dans les alentours de 18h, le car et les joueurs arrivent sur le parking. Ils ne savent pas encore ce qui les attend et pour garder la surprise le plus longtemps possible, les organisateurs ont fait le choix de prendre en charge l’acheminement du matériel des joueurs jusqu’au village. Ce sont donc des dizaines de sacs qui sont acheminés jusqu’à l’oppidum et dispatchés en un temps record par l’équipe logistique dans les différents logements grâce à l’aide précieuses de PNJ venus en renfort. Un défi audacieux relevé avec brio grâce à une préparation minutieuse des orgas au préalable.

Pendant ce temps, les scénaristes préparent le début du jeu,  les PNJ passent au maquillage et Sakis s’occupe du briefing des joueurs. Ceux-ci sont largués par véhicule à un point éloigné pour commencer leur longue route vers Coriobona et le Time in est enfin lancé.

Time in !

Bousculement des habitudes. Les joueurs ne rencontrent pas d’ennemis lors de la traditionnelle marche vers le site de jeu mais à leur arrivée celui-ci est saccagé et des cadavres jonchent le sol. Les premières rixes avec des Pictes qui n’ont pas froid aux yeux  (ni ailleurs au vu du peu de vêtements que porte ce peuple). Pour moi, la soirée s’arrête là. Le montage m’a épuisé et il faudra encore tenir quatre jours.

Le deuxième jour apporte évidemment son lot de batailles et de scènes poignantes. J’ai ainsi l’occasion de parcourir le site en guerrier picte et découvrir une partie de celui-ci que je n’avais pas encore visité. Chemins de balades, bois, rivière, plage de galets et vieille ferme. On se serait presque arrêté de jouer pour le plaisir de flâner un peu.

Notre première action avec Thomas et Nicolas ne manquera pas d’inspirer les plus grands bardes pendant des siècles.  Cette fameuse histoire de trois Pictes blessés tentant d’arrêter à mains nues des Bretons armés, armurés et montés qui avaient été faits prisonniers. Si cette histoire ne vous semble pas crédible,  c’est tout à fait normal.

La journée passe comme elle a commencé et se termine en soirée par un banquet au milieu du village durant lequel nous avons l’occasion de jouer de fervents Pélagiens chrétiens un peu saoulant sur les bords mais tellement convaincus.

Samedi est pour moi marqué du sceau de la surprise. Alors que jusque ici, j’avais limité mes interventions PNJ pour donner un maximum de coups de main à la logistique, je me retrouve pris au jeu de cette époque qui ne m’attirait jusqu’ici que très peu. Fourrures, vêtements de cuir, rondache et vilain accent : me voici devenu un fier Saxon des premières heures des invasions. Dans le cadre sublime d’une plage au bord de la rivière, nous jouons la première rencontre avec ce peuple venu du nord. Pour ce faire, nous répétons les formations en lignes de boucliers, nous nous approprions les ordres en Anglais et peaufinons notre stratégie. Les Saxons sont des guerriers expérimentés. Cette préparation a l’effet escompté auprès des joueurs. Premier contact, les ordres fusent, la ligne se forme et les tambours de guerre se mettent à jouer. Le premier combat des Bretons contre les Saxons a lieu et les premiers morts tombent. Rapidement, les joueurs se replient laissant leurs morts derrière eux. Les Saxons se regroupent et entament leur marche implacable vers le village au son du tambour qui résonne à travers la forêt. Magie du GN, le temps est de la partie et comme pour annoncer ce ressort scénaristique par un élément dramatique, il se met à pleuvoir sur la tête de notre horde d’envahisseurs. Sur le chemin, pas de compromis sur l’interprétation. Nous parlons Anglais chacun dans la mesure de ses moyens, nous marchons d’un air déterminé et discipliné, nous nous engageons en ligne sur la plaine, la pluie ruisselle sur visages tâchés de sang et la fin est proche pour nos ennemis. Nous sommes des Saxons ! Cela fait longtemps que je n’avais pas eu ce combo d’adrénaline mêlée à une immersion complète et je ne me serais pas attendu à l’avoir à Warbands. La claque ! La journée se poursuit, les Bretons se cloîtrent dans le village pendant que les Saxons testent les défenses. Le soir venu, le siège est installé et même si une blessure m’empêche de jouer PNJ, mon rôle à la logistique me permet d’apprécier le spectacle et prendre un peu de temps pour échanger avec les PNJ qui repassent par le camp orga. L’expérience semble intense pour tout le monde et la nuit s’annonce encore longue.

Du côté des organisateurs, quelques heures avant le siège, une décision importante doit être prise. La pluie a rendu le terrain difficilement praticable, a alourdi les 4 tentes SNJ et le tracteur est annoncé en panne. Le rangement du lendemain semble compromis dans la mesure où les joueurs sont sensé rejoindre le car dès midi, juste après la fin du jeu. Les PNJ et quelques joueurs présents au camp sont consultés par l’organisation pour guider sa décision. Finalement, celle-ci tombe : le jeu s’arrêtera dans le courant de la nuit. Décision difficile mais chacun s’étant senti écouté, celle-ci est soutenue par tous les PNJ. Beau reflex ! A nouveau, je prends mentalement note de ce qui vient de se passer. Comme au précédent épisode, Warbands est riche en enseignements.

L’heure est venue pour la scène finale. A la lueur des flambeaux, les portes cèdent, les villageois survivants apeurés sont capturés et sacrifiés au milieu de la place par un draugr saxon plus vrai que nature. La panique est omniprésente. Puis retenti la punchline finale : Warbands is over ! Time out !

Time out !

Les joueurs sacrifiés se relèvent, le sourire aux lèvres. Ils viennent de vivre un moment de jeu aussi intense qu’incroyable. Chacun s’embrasse, se remercie et les accolades s’échangent. Finalement on se rassemble pour un mot de l’équipe.  Pour eux aussi l’aventure touche doucement à sa fin. Cela fait 10 ans qu’ils font vivre cette formidable histoire à travers leurs scénarios. Les remerciements ne manquent pas, le choix de l’arrêt de jeu est expliqué et personne ne le regrette. La soirée s’achèvera tard dans la nuit autour de victuailles et de boissons. C’est la dernière soirée d’une longue série pour ces joueurs qui sont pour certains présents depuis les premières heures.

Le lendemain, rendez-vous aux premières lueurs du jour pour les traditionnels concours du meilleur costume, du meilleur rôle PNJ/PJ et évidemment de la plus belle barbe ! Si je ne suis pas un grand fan des concours mettant en jeu la qualité du rôleplay des joueurs, force est de constater que tout cela se joue de manière très bon enfant.

Des lots très pédagogiques  (Warbands : GN pédagogique ! ) sont distribués ainsi que quelques goodies en souvenir de ce dernier épisode. Un nouveau briefing afin d’expliquer l’aide nécessaire pour le rangement et le démontage peut commencer. L’équipe est maintenant rodée et le rangement se fait relativement rapidement grâce au travail fait préalablement par les joueurs et à l’arrivée providentielle d’un nouveau tracteur.

Je me rappelle avec émotion de cette fiche technique sur la sécurité en logistique éditée par la fédération et m’assied sur les tables pour faire contre poids dans la benne du tracteur.  Je note mentalement que j’ai bien fait d’enlever le T-shirt Be Larp que je portais lors du montage.

Enfin, tout est chargé et nous démarrons quelques heures à peine après les joueurs. Au menu de ce trajet : débriefing, échanges sur les moments marquants, sieste, Burger King, souvenirs de GN, jeux à venir, chansons étranges et débats sur le secteur de l’industrie du porno. Bref le voyage de retour se passe tout aussi bien que lors de notre venue, la fatigue et les souvenirs en plus.

Après un débarquement en vitesse éclair, l’aventure se termine et chacun peut rentrer chez soi pour un repos bien mérité.

Mon expérience en deux mots

En allant à Warbands, je m’attendais à trouver un jeu cohérent dans son époque, un scénario fouillé, des combats intenses, un site exceptionnel et des participants investis dans l’événement.

Vous l’aurez compris, j’ai retrouvé tout cela lors de mon expérience mais j’ai aussi trouvé bien plus. Je me suis pris à un jeu auquel je ne pensais pas adhérer. J’ai vécu une véritable aventure humaine et ai pu partager ce moment privilégié qu’est la fin d’une saga. Warbands is over mais il gardera une place particulière dans mes souvenirs.

Remerciements

Merci à route l’équipe pour m’avoir permis de vivre cette expérience une année encore. Merci aux bénévoles de l’équipe logistique pour ces moments partagés, j’ai beaucoup appris à vos côtés. Merci à Santos pour son accueil et son relooking.

Source : https ://sites.google.com/site/warbandslandsofbelgae/

Photos : Nabyl Daï et Jan Paesmans.

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