[En passant #6] Le bon, la brute et le mass-larp

Finalement, si j’ai bien compris ce qu’on m’a expliqué à la dernière Porte Noire, il y les bons GN qui sont de format court, forts en émotion, écrits en narratif commun et les mauvais que sont ses vieux jeux croulants sous les règles, s’éternisant en campagnes le tout dans une ambiance med-fan. C’est ça ?

Kevin, personnage prétexte à une introduction

Introduction

Kevin, il faut qu’on parle et que tu forces un peu moins sur la Barbar les premiers mercredis du mois…

Depuis quelques années, nous avons le plaisir de voir le GN belge sortir de sa longue tradition de jeux medfan en campagne pour se tourner vers d’autres formats, d’autres thématiques et être bien plus ambitieux. La Ville, Clones, Cabaret, le SMELD, Mens Sana,… ne sont que quelques exemples de cette petite révolution nationale dans notre hobby. Bien que différents, ces jeux partagent un grand nombre de caractéristiques qui les distinguent de ce qu’on a pu connaître par le passé. Parmi celles-ci, on peut notamment retrouver des règles minimalistes sans annonces, des thématiques parfois très lourdes, des mécaniques basées sur l’interaction entre personnages plutôt que sur l’action,… Ce que l’on pourrait appeler cette nouvelle génération de jeux a permis au public belge de découvrir de nouvelles façons de jouer ou de trouver enfin son compte dans une offre précédemment peu diversifiée.

Puisqu’on parle d’évolution, peut-on dire alors que les formats précédemment proposés sont maintenant dépassés ? Qu’un jeu avec annonces n’a plus sa place dans notre paysage ludique ? Que le cuir et le latex sont has been ? Que « med is dead » ? C’est ce que certains membres de la communauté vous diront. De mon côté, je vous propose d’adopter une autre lecture : celle de la diversité de choix.

Faisons un parallélisme facile avec le monde des films et séries. Comme le GN, ce support n’offre pas un seul type de contenu mais bien une multitude d’oeuvres qui choisissent de faire des choix d’approches, de formats, de thématiques et de techniques de réalisation différents. Il ne serait pas correcte de définir la qualité d’une de ces réalisations uniquement sur l’un de ces choix. En effet, difficile de dire qu’un film est mauvais parce que c’est un film d’action ou un polar par exemple. Chaque oeuvre résonnera différemment chez chacun et chacune d’entre nous en fonction de nos goûts voir de nos envies du moment (une comédie romantique après une rupture, un film de Noël pendant les fêtes ou le petit dernier des frères Dardenne pour vous rappeler que la vie est belle).

Pour les GN, c’est exactement la même chose ! J’aime beaucoup les jeux d’inspiration « nordique » mais l’intrigue plus classique et décalée d’une murder party comme Dieu est Mort m’amusera plus pour jouer entre amis. J’adore la liberté d’action que laissent des jeux comme Clones mais me laisser conter une histoire bien écrite à travers des scénarios plus linéaires comme les jeux de Légend’air asbl est un plaisir sans nom. Parfois, après avoir joué quelques jeux psychologiquement tordus j’aime aller brûler de l’orc à coup de boules de feu 4, de coups puissants ou de bonus.

Dans le même ordre d’idée vous pourrez rencontrer des joueurs et joueuses qui auront une aversion pour les serious games, ne voyant dans le GN qu’une occasion de voyager vers l’imaginaire. D’autres n’envisageront pas autre chose que des rôles de combattants afin de pouvoir se défouler. Bref, vous avez compris le principe. Nous trouverons chacun et chacune notre compte ou non dans les différents types d’offres proposées par les nombreuses organisations en fonction de nos attentes ou de nos envies du moment. On ne dit pas « c’est pas bon » mais « ce n’est pas à mon goût ».

Mais bon… On ne peut quand même pas dire que le mass-larp…

Et pourtant si, on peut le dire. Les mass-larp exploitent eux aussi un genre qui trouve sa place dans notre paysage. Ils répondent même à des attentes auxquels les autres genres ne peuvent que difficilement répondre. Parmi celles-ci, on peut par exemple relever la géopolitique, la gestion de groupe, les combats de masse,… Le biais que l’on a tendance à adopter en jugeant ces mastodontes est de les évaluer avec les mêmes critères que d’autres jeux plus petits qui proposent un autre type d’expérience.

Donc tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ?

Alors non, Kevin, je n’ai pas dit ça ! D’ailleurs, je t’invite à aller lire l’excellent article d’Anne Marchadier sur la page « Ni pute ni soigneuse » qui s’intitule « Et si on réinventait la roue ? » et qui m’a donné l’envie de clôturer l’écriture de ce billet.

Mais donc non, Kevin, les calculs ne sont pas bons. Si un jeu ne peut pas être jugé sur un seul des critères cités précédemment, cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas de mauvaises pratiques et de mauvais jeux. A l’heure où la communauté prend de plus en plus conscience de la nécessité de la théorisation, de l’expérimentation et de la déclaration d’intention, beaucoup trop d’organisations s’obstinent encore à vivre dans l’autarcie la plus complète, réinventant la roue dans leur coin… Et cela se ressent lors du jeu par les joueurs et joueuses ! A travers les mécaniques de jeu un peu dépassées qui pourraient être facilement optimisées, les choix de conception de jeu qui desservent les intentions communiquées, par des recettes mille fois vues et revues,…

Pour conclure, on pourrait donc dire que la qualité d’un jeu ne se juge pas uniquement sur sa thématique, ses mécaniques ou son format mais sur la cohérence de l’ensemble de ces caractéristiques (et d’autres notamment soulevées dans ce billet) par rapport à l’expérience qu’il veut offrir ainsi que l’originalité, la finition et l’actualité des mécaniques mises en place. Ses perspectives d’évolution dépendront elles principalement de sa capacité d’ouverture, d’échange avec la communauté et de remise en question de ses méthodes.

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